Spécialiste du linge professionnel pour l’hôtellerie, Resuinsa célèbre cette année ses 50 ans. Présente dans plus de 150 pays, l’entreprise espagnole poursuit son développement en misant sur la qualité, la durabilité des textiles et l’économie circulaire, pour concilier performance et réduction de l’impact environnemental. Son PDG, Félix Martí, revient sur les engagements de ce leader mondial, les évolutions du marché et les défis à venir.
Resuinsa fête ses 50 ans en 2026, tandis que Resuinsa Group célèbre un siècle d’histoire. Que représente cette double échéance pour vous ?
Félix Martí : C’est un moment de célébration, mais surtout de transmission et de projection. Les 100 ans du groupe témoignent d’un savoir-faire transmis sur quatre générations, tandis que les 50 ans de Resuinsa marquent un demi-siècle de spécialisation dans le textile hôtelier. Au fil de ces années, nous avons grandi aux côtés de nos clients et observé l’évolution de leurs besoins. Le linge ne répond ainsi plus seulement à des exigences de qualité et de résistance, mais aussi à des enjeux de traçabilité, de durabilité et d’expérience client. Ce double anniversaire est donc un nouveau point de départ : nous voulons continuer à anticiper les besoins des hôtels et des blanchisseries, forts de notre expérience et de notre présence dans plus de 150 pays.
En 50 ans, qu’est-ce qui a le plus changé chez Resuinsa et, à l’inverse, quelles convictions sont restées intactes ?
Félix Martí : Ce qui a le plus évolué, c’est notre manière d’apporter de la valeur à nos clients. Au-delà du produit textile, nous accompagnons désormais nos clients sur la durabilité, la traçabilité, l’efficacité opérationnelle et la personnalisation. En revanche, notre spécialisation dans l’hôtellerie et notre proximité avec les clients restent fondamentales. Comprendre les contraintes d’un hôtel ou d’une blanchisserie est indispensable pour concevoir des solutions adaptées à leurs usages réels.Cette combinaison de savoir-faire textile, de proximité et de capacité d’anticipation est probablement ce qui relie le mieux le Resuinsa d’il y a 50 ans à celui d’aujourd’hui.
Vous êtes présents dans plus de 150 pays et auprès de plus de 10 000 clients. Comment avez-vous concilié développement international et identité familiale ?
Félix Martí : Notre internationalisation s’est construite progressivement, en apprenant à connaître les marchés et leurs spécificités. Cette présence nous permet de partager les expériences acquises dans différents pays et d’anticiper les évolutions du secteur. Notre structure familiale favorise une vision à long terme et des investissements continus dans l’innovation et le développement de produits. Nous avons pu grandir sans perdre une manière de travailler fondée sur la spécialisation, l’écoute et l’accompagnement des clients, partout dans le monde.
Vous résumez cette philosophie par l’idée de « grandir sans perdre ses racines ». Que signifie-t-elle concrètement pour la prochaine étape de Resuinsa ?
Félix Martí : Cela signifie évoluer sans renoncer à notre savoir-faire textile, à notre proximité avec les clients et à notre vision à long terme. Nous restons une entreprise familiale, attachée à la culture textile, et ces valeurs font partie de notre identité, quelle que soit la dimension atteinte par l’entreprise. Mais préserver notre héritage ne veut pas dire reproduire les méthodes du passé : nous devons continuer à innover, à nous internationaliser et à progresser en matière de durabilité, de digitalisation et de traçabilité. Notre ambition est de grandir tout en restant fidèles à ce qui définit Resuinsa.
Vous l’avez évoqué, l’image du linge hôtelier a elle-même évolué. Pourriez-vous nous en parler ?
Félix Martí : Le linge hôtelier doit répondre à une double exigence : satisfaire les contraintes d’un usage professionnel intensif tout en contribuant à l’expérience client. Sa résistance aux lavages répétés, sa durabilité et la sécurité des matières sont essentielles, notamment attestées par des certifications comme OEKO-TEX® STANDARD 100. Mais le linge est aussi un marqueur de qualité et d’identité. Le toucher, les matières, les couleurs et les finitions participent au confort du client et à l’image de l’établissement. Tout l’enjeu est donc de concilier performance technique, longévité et exigences esthétiques.
Qu’attendent aujourd’hui les hôtels de leur linge par rapport à il y a 20 ou 30 ans, et quel impact sur votre offre ?
Félix Martí : La qualité, le confort, la résistance et le prix restent essentiels, mais les attentes se sont élargies. Les hôtels s’intéressent davantage à l’origine des matières, à la traçabilité, à la durée de vie des produits et à la réduction de leur impact environnemental. La personnalisation et le design prennent également une place croissante. Nous avons donc développé des solutions de traçabilité par RFID, des projets d’économie circulaire qui permettent de réintroduire des déchets textiles dans de nouveaux produits, et des collections conciliant performance et réduction de l’impact environnemental. Notre rôle ne se limite plus à fournir du linge : nous aidons aussi nos clients à mieux le gérer tout au long de son cycle de vie. Dans cette évolution, la relation entre l’hôtel, le fournisseur et la blanchisserie est d’ailleurs devenue de plus en plus importante.
Quelles différences observez-vous entre les marchés internationaux, notamment en matière de qualité et de durabilité ?
Félix Martí : Les attentes varient sensiblement selon les pays. En Espagne, les clients se réfèrent souvent au nombre de fils d’un drap, tandis que d’autres marchés européens privilégient davantage le grammage. Le coton est particulièrement apprécié en Espagne, alors que les mélanges polyester-coton sont plus répandus en Amérique, notamment pour faciliter le repassage. Les dimensions des serviettes diffèrent également. En France, où le marché est à la fois mature et exigeant, la qualité, le design et la personnalisation comptent beaucoup, tout comme le comportement du linge en blanchisserie et sa durée de vie. Notre expérience internationale nous a appris qu’il ne suffit pas de proposer le même produit partout : il faut adapter les solutions aux usages et aux contraintes de chaque marché.
Dans un secteur soumis à de fortes contraintes économiques, comment démontrer qu’un textile plus performant et durable représente un investissement plutôt qu’un surcoût ?
Félix Martí : Il faut raisonner en coût à l’usage plutôt qu’en prix d’achat. Un textile qui conserve ses performances plus longtemps nécessite moins de remplacements et permet de répartir l’investissement sur davantage de cycles d’utilisation. Notre certification de durabilité technique développée avec AITEX apporte des éléments objectifs sur la résistance de certaines références. Elle permet d’étayer nos engagements par des essais indépendants. Pour un hôtel ou une blanchisserie, l’essentiel est de connaître le coût réel du produit sur toute sa durée de vie. C’est cette approche qui permet d’évaluer le textile comme un véritable investissement.
Comment la durabilité se traduit-elle concrètement dans vos processus ?
Félix Martí : Pour nous, la durabilité s’inscrit dans l’ensemble du cycle de vie du textile, du choix des matières premières à sa fin de vie, en passant par ses modalités de fabrication et son utilisation. Dans l’hôtellerie, la priorité est de concevoir des produits capables de résister aux lavages industriels et de durer, afin de limiter les remplacements et la consommation de ressources. Concernant la fin de vie, nous travaillons avec Circularis, qui réintègre des déchets textiles hôteliers dans de nouveaux textiles contenant au minimum 20 % de coton recyclé, et avec VITA, qui les transforme en produits et accessoires. Notre objectif est de faire du textile usagé une nouvelle ressource, tout en mesurant concrètement nos engagements. Les certifications apportent ici des garanties vérifiables sur la sécurité, les matières et les processus de fabrication, afin que les hôtels et les blanchisseries puissent prendre des décisions fondées sur des critères objectifs et non uniquement sur des déclarations environnementales.
Vous avez renouvelé pour la 28e année consécutive la certification OEKO-TEX® STANDARD 100. Que garantit-elle ?
Félix Martí : Cette certification atteste que les textiles ont été testés pour détecter la présence de substances nocives, selon des critères pouvant dépasser les exigences légales. Les différents composants du produit sont également pris en compte. Pour nos clients, elle apporte une garantie indépendante pour les articles en contact direct avec la peau, comme les draps, les serviettes et les peignoirs, qui vient elle-même renforcer la confiance des utilisateurs. Son renouvellement depuis 28 ans témoigne de la continuité de notre engagement en matière de sécurité textile.
Vous avez également obtenu une certification de durabilité technique développée avec AITEX. Pourriez-vous nous en parler ?
Félix Martí : Celle-ci évalue la résistance des textiles aux contraintes d’un usage professionnel et aux lavages répétés. Les essais portent notamment sur la résistance à l’abrasion et à la déchirure, la stabilité du tissu et la conservation de sa couleur et de sa forme. Cette certification complète donc les démarches environnementales en apportant des preuves techniques de la durée de vie du produit. Dans l’hôtellerie, où les textiles subissent des lavages intensifs, cette information est essentielle pour évaluer leurs performances dans le temps et leur coût à l’usage.
Vous disposez aussi de plusieurs certifications et démarches : STeP by OEKO-TEX®, GOTS, FAIRTRADE®, Pacte Mondial des Nations Unies… Comment rendre ces engagements lisibles et mesurer les progrès réalisés ?
Félix Martí : Ces démarches répondent à des enjeux complémentaires : STeP by OEKO-TEX® évalue les conditions de production, GOTS encadre les textiles issus de fibres biologiques, FAIRTRADE® promeut des pratiques commerciales plus équitables, et le Pacte Mondial des Nations Unies nous engage sur les droits humains, l’environnement et la lutte contre la corruption. Pour rendre ces engagements concrets, nous suivons des indicateurs tels que la part de matières recyclées, la durabilité des textiles et les volumes de déchets récupérés et réutilisés. Les certifications apportent une vérification indépendante, tandis que ces indicateurs permettent de mesurer nos progrès et de fournir à nos clients des informations tangibles.
Justement, quels résultats concrets pouvez-vous mettre en avant pour illustrer cette progression ?
Félix Martí : L’un des résultats les plus significatifs concerne la réduction de l’empreinte environnementale de nos collections circulaires. Par rapport à un article conventionnel, Circularis permet de réduire de 18 % l’empreinte carbone et de 20 % l’empreinte hydrique. Pour VITA, les réductions annoncées atteignent respectivement 15 % et 18 %. Ces données montrent comment la récupération des déchets textiles peut se traduire par des bénéfices environnementaux concrets. Nous utilisons aussi l’OEKO-TEX® Impact Calculator pour évaluer l’impact environnemental de nos produits. Par ailleurs, nous calculons l’empreinte carbone de l’entreprise depuis 2021. Cet historique a servi de base à notre Plan de Décarbonation, qui prévoit notamment des actions en matière d’efficacité énergétique, d’énergies renouvelables, d’optimisation des processus et d’économie circulaire. Pour nous, inscrire cet engagement dans la durée consiste à mesurer les impacts, identifier les leviers d’amélioration et suivre les résultats dans le temps.













