Traçabilité, automatisation, ergonomie, performance environnementale… Historiquement considérée comme une simple fonction support, la blanchisserie hospitalière a acquis ses lettres de noblesse avec la crise Covid, s’imposant désormais comme un levier stratégique de la qualité et de la sécurité des soins. Les récentes évolutions engagées à l’AP-HM et l’inauguration de la nouvelle blanchisserie du CHU de Montpellier illustrent cette transformation profonde.
Invisible pour le patient, mais indispensable au fonctionnement quotidien des établissements de santé, la blanchisserie hospitalière connaît une véritable montée en puissance. Face à des exigences toujours plus fortes en matière de qualité, de sécurité sanitaire, de maîtrise des coûts et de transition écologique, les établissements investissent désormais massivement dans leurs outils industriels. Les projets menés à Marseille et à Montpellier en sont deux illustrations complémentaires. Le premier mise sur l’optimisation des flux et la traçabilité du linge ; le second sur une refonte complète de son outil de production. Deux approches différentes, mais une ambition commune : faire de la gestion du linge un maillon à part entière du parcours de soins.
À Marseille, la performance passe par la maîtrise des flux
À l’Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille (AP-HM), la Plateforme Logistique (PFL) a engagé une série d’améliorations à la suite d’audits réalisés avec les services qualité, la Coordination Générale des Soins (CGS) et les directions des sites hospitaliers. Les investigations ont mis en évidence plusieurs fragilités du circuit du linge : erreurs de tri, sacs de linge sale ouverts lors des transports, ruptures de dotation dans certains services ou encore difficultés de gestion des stocks. Plutôt que d’engager une transformation lourde des infrastructures, l’établissement a choisi d’agir sur les points critiques du processus.
Première évolution : la simplification du tri. Depuis janvier 2026, le nombre de couleurs de sacs a été réduit afin de limiter les erreurs, d’harmoniser les pratiques entre les services et de fluidifier le traitement du linge au sein de la blanchisserie. Autre changement, plus discret mais tout aussi structurant : l’abandon des anciens systèmes de fermeture au profit du dispositif Fixlock. Cette évolution technique permet de mieux sécuriser le transport du linge sale, de limiter les ouvertures accidentelles et d’améliorer les conditions de travail des équipes. La PFL investit également dans un nouveau parc de sacs afin d’augmenter les dotations disponibles et d’adapter les capacités aux volumes réellement traités.
Mais le chantier le plus ambitieux concerne sans doute la traçabilité. Chaque année, près de 60 000 draps disparaissent au sein de l’AP-HM, représentant une perte estimée à 400 000 euros. Pour enrayer ce phénomène, la plateforme a déployé un système de puçage RFID permettant une lecture automatisée à l’entrée de la blanchisserie, un suivi des affectations par site et par service et une gestion beaucoup plus fine des inventaires. Au-delà de la réduction des pertes, cette évolution ouvre la voie à une gestion des flux davantage pilotée par la donnée, dans une logique de performance industrielle.
Montpellier change d’échelle avec une blanchisserie entièrement repensée
À Montpellier, le choix a été plus radical. Après plus de trente-cinq années de fonctionnement, la blanchisserie du CHU a fait l’objet d’une rénovation intégrale, menée en seulement douze mois sans interruption de l’activité. Chaque jour, le site traite environ 15 tonnes de linge, destinées aux différents hôpitaux du CHU ainsi qu’à plusieurs établissements partenaires. L’ensemble de la chaîne de production a été modernisé : nouveaux tunnels de lavage, équipements de finition plus performants, automatisation des circuits logistiques et réorganisation complète des espaces. L’un des axes majeurs du projet concerne les conditions de travail. Les nouveaux postes sont plus ergonomiques, les systèmes de transport aérien limitent la manutention manuelle, tandis que les nuisances sonores et la chaleur ont été significativement réduites. Une modernisation qui répond à un enjeu devenu central pour les blanchisseries hospitalières : l’attractivité des métiers.
L’établissement a également fait de la performance environnementale un pilier du projet. Les nouveaux équipements permettent de réduire de 50 % la consommation de gaz et de 30 % celle d’eau. Des panneaux photovoltaïques alimentent désormais la blanchisserie et l’unité centrale de production alimentaire, tandis que le traitement des effluents a été modernisé grâce à un procédé au CO₂. Cette transformation, financée à hauteur de 12,5 millions d’euros avec le soutien de plusieurs partenaires publics, constitue aujourd’hui l’une des rénovations les plus importantes réalisées dans le secteur des blanchisseries hospitalières françaises.
Vers une blanchisserie « 4.0 »
Si leurs projets diffèrent dans leur ampleur, Marseille et Montpellier témoignent d’une même évolution de fond. La blanchisserie hospitalière n’est plus seulement un service technique chargé de laver du linge ; elle devient un véritable outil industriel, connecté aux enjeux de qualité, de sécurité, de développement durable et de maîtrise des ressources. L’automatisation des flux, la traçabilité RFID, la réduction des consommations énergétiques, l’amélioration de l’ergonomie ou encore le pilotage des stocks en temps réel dessinent progressivement les contours d’une blanchisserie hospitalière plus intelligente, plus durable et davantage intégrée à la stratégie des établissements. Alors que les hôpitaux cherchent à conjuguer efficience économique, qualité des soins et responsabilité environnementale, ces investissements illustrent une conviction désormais largement partagée : derrière chaque drap propre livré dans un service se cache une organisation industrielle de haute précision, devenue indispensable au bon fonctionnement de l’hôpital.
Article paru dans Blanchisseries Mag, édition de juillet 2026, à lire ici.














