
Réinternaliser le traitement du linge en EHPAD ne se résume pas à installer une blanchisserie interne. Pour Caroline L’Huillier, directrice générale de Cloro’Fil Concept et créatrice de Jers’Innov, le Concept Jersey®, la réussite d’un tel projet repose avant tout sur une réflexion globale autour du parc textile, des pratiques de soins et de l’organisation.
Pourquoi dites-vous que tout projet de réinternalisation commence par le parc textile ?
Caroline L’Huillier : Parce que c’est le véritable point de départ. Les établissements choisissent encore trop souvent leurs textiles sur des critères de qualité ou de prix, sans mesurer leurs conséquences sur l’ensemble di circuit du linge. Pourtant, leur poids, leur encombrement, leur temps de séchage, ou encore leur ergonomie influencent directement l’organisation, les coûts et les pratiques des équipes. C’est pourquoi nous commençons systématiquement par analyser le parc textile existant et les usages sur le terrain afin d’identifier les solutions les plus adaptées. Les dérives de pratique sont souvent le signe d’un textile inadapté. Lorsqu’un soignant superpose deux couvre-lits parce qu’un résident a froid, c’est bien le signe que le produit ne répond pas au besoin. De la même manière, un couvre-lit qui se coince dans les barrières de lit et augmente le risque de chute n’a tout simplement pas été conçu pour les contraintes du soin. Chez Cloro’Fil Concept, nos textiles sont développés pour concilier les attentes des patients et résidents, les besoins des soignants et les exigences de la blanchisserie, avec un objectif permanent d’efficience.
Une fois le bon parc textile défini, comment accompagnez-vous les établissements ?
Notre accompagnement est global. Nous intervenons sur l’ensemble du circuit du linge, des services de soins jusqu’à la blanchisserie. Cela passe notamment par la sensibilisation des équipes soignantes aux bonnes pratiques d’hygiène, à la prévention des troubles musculosquelettiques, à l’organisation du circuit du linge et aux méthodes permettant de gagner en efficacité. Je participe d’ailleurs régulièrement aux réunions des CPias et des équipes mobiles d’hygiène afin de relayer les recommandations les plus récentes, notamment sur la manipulation du linge sale et la prévention du risque infectieux. L’accompagnement au changement est tout aussi essentiel. Adopter un nouveau parc textile, notamment en jersey, ne consiste pas seulement à remplacer un produit par un autre : il faut aussi faire évoluer les pratiques et permettre aux équipes de s’approprier ces nouveaux usages. Nous accompagnons également les directions dans le dimensionnement de leur future blanchisserie. Cette étape doit impérativement reposer sur une analyse du futur parc textile, et non de l’ancien, puisque les poids, les volumes et les temps de traitement évoluent. Cela permet d’éviter des investissements surdimensionnés et des coûts de fonctionnement inutiles.
Intervenez-vous aussi sur les aspects techniques de la blanchisserie ?
Oui, nous pouvons solliciter directement des partenaires de confiance ou mettre l’établissement en relation avec notre réseau. Les équipes de blanchisserie sont alors formées à l’optimisation du chargement des machines, au choix des programmes de lavage et de séchage, à la maîtrise des consommations d’énergie, à l’utilisation des produits lessiviels ou encore aux règles de sécurité. Un séchoir mal géré peut par exemple présenter un risque d’incendie, tandis qu’un cycle de séchage inadapté entraîne des consommations inutiles. Nos textiles en jersey permettent d’ailleurs de réduire les temps de séchage de 30 à 40 %, preuve, s’il en est, que le choix du parc textile conditionne les performances de la blanchisserie.
Quel est précisément votre rôle dans un projet de réinternalisation ?
Je me définis souvent comme la personne qui met le doigt sur tout ce à quoi l’établissement n’a pas pensé. Un blanchisseur maîtrise les aspects techniques, mais il ne connaît pas forcément les contraintes du soin. À l’inverse, les soignants maîtrisent les pratiques quotidiennes, sans toujours mesurer les enjeux de la blanchisserie. Mon rôle est de faire le lien entre ces différents métiers afin de construire un plan d’action cohérent et d’accompagner sa mise en œuvre, avant, pendant et après le projet.
Et si l’établissement choisit finalement d’externaliser son linge ?
Notre accompagnement reste tout aussi pertinent. Nous pouvons mettre l’établissement en relation avec un loueur proposant nos textiles et l’aider à définir les dotations les plus adaptées à son activité. Aujourd’hui, celles-ci sont encore souvent calculées uniquement en fonction du nombre de lits, alors qu’un EHPAD n’a pas les mêmes besoins qu’un service ambulatoire ou de court séjour. Une analyse des pratiques permet d’ajuster les volumes au plus près de la réalité du terrain. L’établissement conserve ainsi la maîtrise de ses consommations, que le linge soit traité en interne ou externalisé. Au fond, tout commence par deux questions : de quel parc textile ai-je réellement besoin ? Et avec quelle dotation ?
Vous avez également développé un chariot de nursing inédit.
Oui, il s’agit d’un chariot ergonomique conçu pour accompagnerJers’Innov, le Concept Jersey®. Né de nombreuses observations de terrain, il a été pensé pour facilite le travail des soignants et limiter les gestes inutiles. Développé avec notre partenaire Sclessin, choisi autant pour ses valeurs que pour son expertise, notamment en matière de méthode RABC, il s’accompagne systématiquement d’une formation des équipes. Au-delà de la prise en main de l’équipement, c’est aussi l’occasion de réinterroger les pratiques professionnelles et d’accompagner le changement dans sa globalité.
Article paru dans Blanchisseries Mag, édition de juillet 2026, à lire ici.
Des accompagnements experts sur le terrain
Au-delà des fournisseurs d’équipements, plusieurs cabinets spécialisés accompagnent les établissements dans leurs projets de création, de restructuration ou d’optimisation de blanchisserie, avec des interventions directement sur site.

Optim Expertise accompagne les blanchisseries dans l’amélioration de leur performance opérationnelle et énergétique. Après un diagnostic de l’organisation, des flux et des méthodes de travail, le cabinet met en œuvre des actions d’optimisation des process. Ses interventions ont notamment permis à une blanchisserie hospitalière traitant 16 tonnes de linge par jour en tout séché de réduire sa consommation de gaz de 15 %.
https://www.optim-expertise.fr

De son côté, Auditorga accompagne les blanchisseries hospitalières dans leurs projets d’optimisation, de l’audit de performance à la modernisation des équipements. Le cabinet intervient également en conseil et en formation sur l’hygiène, l’organisation des circuits propre/sale, la gestion des risques infectieux, ainsi que les exigences de la méthode RABC et de la norme EN 14065. Son fondateur, Marc Drezen, s’appuie sur plus de vingt ans d’expérience au sein des blanchisseries hospitalières.
À savoir : des organismes spécialisés proposent aussi des formations dédiées aux blanchisseries de santé et aux EHPAD. C’est notamment le cas du CTTN-IREN, qui accompagne les professionnels sur les aspects techniques, réglementaires et organisationnels des activités de blanchisserie, et de la CCI des Vosges, qui propose une certification professionnelle de « Gestion Fonction Linge », inscrite au RNCP et permettant d’accéder au grade de technicien supérieur hospitalier.














