Intelligence artificielle, maintenance, performance industrielle, transition environnementale… Les blanchisseries hospitalières sont engagées dans une profonde évolution. À l’occasion de ses Journées d’études 2026, qui se tiendront du 7 au 9 octobre à Nantes, l’Union des responsables de blanchisserie hospitalière (URBH) entend apporter des réponses concrètes à ces transformations, en s’appuyant sur l’innovation mais aussi, et surtout, sur l’expérience collective de la profession.

La blanchisserie hospitalière est entrée dans une nouvelle phase de transformation. Aux impératifs de qualité, de sécurité et de continuité de service s’ajoutent désormais des problématiques qui touchent directement l’organisation et le fonctionnement des établissements : difficulté à recruter certaines compétences, nécessité de mieux maîtriser les coûts, réduction des consommations d’eau et d’énergie, modernisation des installations et évolution rapide des technologies. Dans ce contexte, les Journées d’études 2026 de l’URBH se veulent un espace où ces mutations peuvent être analysées à partir d’expériences concrètes et partagées entre professionnels.
Pour Évelyne Thierry, présidente de l’association et responsable de la blanchisserie du CHU de Montpellier, l’intelligence artificielle constitue à ce titre un sujet particulièrement révélateur. Après avoir amorcé la réflexion lors de l’édition 2025, notamment à travers l’intervention de Sylvain Cortes, l’URBH souhaite désormais montrer comment cette technologie peut être intégrée dans les pratiques quotidiennes. « Nous passons d’une phase de réflexion à une phase de mise en œuvre », explique-t-elle, avec une conviction : l’IA ne se substituera pas à l’expertise des professionnels, mais peut leur apporter des outils supplémentaires pour gagner en efficacité, faciliter le partage des connaissances et améliorer leurs pratiques.
De l’intelligence artificielle à l’intelligence collective
Deux applications développées avec l’aide de l’intelligence artificielle seront ainsi présentées à Nantes. La première répond à une préoccupation exprimée depuis plusieurs années par les adhérents de l’URBH : disposer d’un espace consacré à la maintenance et permettant de mieux faire circuler les informations entre les établissements. Accessible par abonnement depuis le site de l’association, « cette plateforme collaborative doit permettre de rechercher une pièce détachée, d’identifier un équipement disponible, de partager du matériel ou encore de retrouver les référents maintenance d’un établissement afin de pouvoir les contacter directement », détaille Évelyne Thierry. Mais l’enjeu dépasse largement la création d’un nouvel outil numérique. Il s’agit aussi de constituer progressivement une base de connaissances commune, dans un domaine où les compétences spécialisées deviennent particulièrement difficiles à recruter.
La question de la maintenance renvoie ainsi directement à celle de la transmission des savoir-faire. « Nous devons préserver les savoir-faire existants et faciliter leur circulation entre établissements », souligne la présidente de l’URBH. L’association travaille avec le GEIST sur cette problématique et réfléchit notamment aux moyens de mieux former les futurs techniciens. À ce jour, il n’existe pas de cursus spécifiquement consacré à la maintenance en blanchisserie, les formations proposées relevant principalement de la maintenance industrielle. La création d’une formation adaptée permettrait à la fois de faire connaître ce métier auprès des étudiants et d’accompagner la montée en compétences des techniciens déjà en poste. Dans l’attente de cette évolution, la plateforme doit permettre aux professionnels de partager leurs connaissances et leurs expériences. L’intelligence artificielle devient ainsi un moyen de structurer et de faciliter une démarche qui repose avant tout sur la coopération entre établissements.
Le benchmarking retrouve une nouvelle dimension
Cette logique de partage se retrouve dans le second outil présenté lors des Journées d’études, consacré au benchmarking. L’URBH avait engagé cette démarche il y a plusieurs années afin de permettre aux blanchisseries hospitalières de comparer anonymement leurs consommations de linge avec celles d’établissements similaires. La nouvelle application, développée avec l’appui de l’intelligence artificielle, doit permettre d’aller plus loin dans l’analyse de la performance. « Chaque responsable de blanchisserie pourra ainsi situer son activité au regard de ses processus et de ses ressources, avec notamment la possibilité de faciliter le calcul du coût de revient », souligne Évelyne Thierry. Dans un contexte où les établissements doivent de plus en plus précisément connaître leurs coûts et démontrer leur performance, cet indicateur constitue un outil essentiel pour piloter l’activité et mesurer la compétitivité des structures. Le développement de cette application a été piloté par Vincent Pacton, responsable d’exploitation de la blanchisserie du GCS Charente-Maritime Nord à La Rochelle, qui utilise déjà l’intelligence artificielle dans sa structure. Il a travaillé avec Évelyne Thierry, Marc Drezen, vice-président de l’URBH et directeur technique exploitation du GCS Blanchisserie Toulousaine de Santé, ainsi qu’avec Jean-Pierre Bretagnon, membre du conseil d’administration de l’association.
À travers ces deux applications, l’URBH entend surtout démontrer que l’IA peut être abordée de manière pragmatique, en partant des besoins réels du terrain plutôt qu’en recherchant des usages technologiques pour eux-mêmes. Plusieurs établissements, notamment à La Rochelle, Toulouse et Montpellier, expérimentent déjà différents usages et leurs retours d’expérience seront présentés lors des Journées d’études. « Ces initiatives constituent autant de points d’appui pour poursuivre les travaux de l’association et identifier progressivement d’autres applications utiles à la profession », indique-t-elle.
Une transformation qui ne se limite pas au numérique
Si l’intelligence artificielle occupera une place importante dans le programme, elle ne saurait résumer à elle seule les enjeux actuels des blanchisseries hospitalières. L’URBH poursuivra également ses travaux autour de la qualité et des bonnes pratiques avec la présentation de la réactualisation du Guide des bonnes pratiques du linge des résidents en ESMS, pilotée par Agnès Souvignet. Cette nouvelle version s’inscrit dans la continuité de la mise à jour du Guide de mise en œuvre de la norme NF EN 14 065 – méthode RABC, publiée l’an dernier afin d’intégrer les évolutions de la norme et les nouvelles pratiques professionnelles. Une actualisation qui illustre la nécessité pour le secteur de faire évoluer régulièrement ses référentiels afin de rester en phase avec les réalités du terrain.
La question environnementale restera également au cœur des échanges. Les économies d’eau constituent toujours un chantier important pour les blanchisseries, qui poursuivent leurs recherches de solutions permettant de réduire leurs consommations tout en maintenant leurs exigences de qualité et de performance. Cette démarche s’inscrit plus largement dans les politiques RSE engagées depuis plusieurs années par les établissements.
Les rénovations comme révélateur des transformations du métier
Les Journées d’études 2026 permettront également de revenir sur plusieurs projets de modernisation de blanchisseries hospitalières, avec une attention particulière portée aux enseignements que les professionnels peuvent tirer de ces transformations. La nouvelle blanchisserie centrale du CHU de Montpellier, inaugurée en juin 2026, fera notamment l’objet d’une présentation, tout comme le projet du GCS Blanchisserie Interhospitalière du Grand Clermont, avec le retour d’expérience de son responsable d’exploitation, José Machado. Les projets menés à Bordeaux et à Dijon seront également évoqués. Ces expériences permettront de dépasser les seuls choix techniques pour aborder les dimensions organisationnelles et humaines des grands projets. Une nouvelle installation modifie en effet les flux, les méthodes de travail et parfois les responsabilités ; sa réussite dépend donc autant de la qualité de la conception industrielle que de la capacité à accompagner les équipes dans le changement.
« La dimension managériale sera d’ailleurs pleinement présente dans le programme, avec une intervention consacrée au management Six Sigma appliqué aux processus de traitement du linge hospitalier », annonce ainsi Evelyne Thierry. Cette méthode vise à réduire la variabilité des processus afin d’améliorer la qualité et l’efficacité, tout en explorant les conséquences sur les consommations d’énergie. La protection des agents face aux fortes chaleurs sera également abordée, dans un contexte où le décret du 27 mai 2025 a renforcé les obligations des employeurs en matière de prévention des risques liés aux températures élevées. Les blanchisseries, dont certaines zones de travail sont particulièrement exposées, sont directement concernées par ces évolutions et doivent adapter leur organisation afin de mieux protéger leurs équipes.
Faire de l’expérience collective un levier de progrès
Près de 300 participants sont attendus pour cette édition 2026, tandis que l’exposition technique réunira entre 80 et 90 exposants, dont douze nouveaux partenaires industriels. Une participation qui témoigne du dynamisme d’un secteur confronté à de profondes mutations, mais aussi de la nécessité pour les professionnels de disposer d’un espace où ils peuvent confronter leurs expériences et partager leurs solutions.
À travers cette nouvelle édition, l’URBH défend ainsi une vision de l’innovation qui ne se résume pas à l’adoption de nouvelles technologies. L’intelligence artificielle en est un exemple, mais la même logique se retrouve dans la maintenance, le benchmarking, les démarches environnementales, les projets de rénovation ou encore les pratiques managériales : faire circuler les connaissances pour permettre à chacun de progresser plus rapidement. C’est sans doute l’un des enjeux majeurs de ces Journées d’études : accompagner les blanchisseries hospitalières dans leurs transformations sans perdre ce qui fait leur force, à savoir l’expertise des professionnels et leur capacité à construire collectivement les réponses aux défis du secteur.
Plus d’informations sur https://urbh.net/index.php/journees-d-etudes














