Vincent Pacton, responsable d’exploitation pour la blanchisserie du GCS Charente-Maritime Nord et membre du conseil d’administration de l’Union des responsables de blanchisserie hospitalière (URBH), travaille sur plusieurs projets intégrant l’intelligence artificielle. Il livre sa vision des applications possibles dans les blanchisseries, de la gestion de production au tri, en passant par la maintenance prédictive.

Vous travaillez sur plusieurs projets liés à l’IA au sein de l’URBH. Comment cette démarche est-elle née ?
Vincent Pacton : Deux besoins étaient exprimés depuis quelque temps par nos adhérents. Le premier concernait le développement d’un outil de benchmark permettant aux blanchisseries de comparer leurs performances. Nous avions initialement fait développer un logiciel, mais nous nous sommes rapidement heurtés à la complexité du projet : tous les établissements ne calculent pas de la même façon leur coût de revient à la pièce ou au kilo de linge. Jean-Pierre Bretagnon et moi-même avons donc repris le projet en recensant les besoins des différents établissements pour construire une application plus polyvalente. Elle est actuellement en phase de test, avec l’objectif de pouvoir la mettre à disposition des établissements avant la fin de l’année 2026.
Vous avez également développé un outil consacré à la maintenance…
Oui, et celui-ci est déjà déployé sur le site de l’URBH. Toutes les blanchisseries disposent de stocks de pièces détachées et les équipes de maintenance sont régulièrement confrontées à des besoins auxquels elles doivent trouver des solutions. Nous avons donc voulu créer un réseau entre les différents acteurs de la maintenance. Chaque établissement peut y recenser ses équipements et ses pièces détachées, mais aussi signaler les pièces dont il n’a plus l’usage. L’application comporte également un forum. C’est en quelque sorte une marketplace qui permet de faire connaître les pièces disponibles et, potentiellement, de dépanner un collègue d’une autre blanchisserie.
L’IA va-t-elle également entrer en production à La Rochelle ?
Oui. Nous avons demandé qu’une couche d’IA soit intégrée au futur système de gestion des lots de lavage. Aujourd’hui, la personne chargée du post-lavage analyse les besoins en production, les disponibilités en linge sale et l’état du linge propre pour déterminer les lots à traiter en priorité. L’objectif est que l’IA puisse croiser ces différentes données afin d’établir un ordre chronologique des priorités de lavage. Cela permettra d’avoir une gestion de production plus réactive et plus fine. L’opérateur conservera, quant à lui, un rôle essentiel de surveillance et de contrôle.
Quelles applications pourraient rapidement se développer dans le secteur de la blanchisserie ?
La maintenance prédictive me paraît particulièrement intéressante. Nous disposons déjà de beaucoup de données sur nos équipements, notamment leurs heures de fonctionnement ou leurs consommations de fluides. Nous avons donc la matière première nécessaire. L’enjeu est désormais de pouvoir exploiter ces données pour détecter des dérives et anticiper les interventions avant qu’une panne ne survienne. Le tri constitue une autre piste importante. Il existe déjà des solutions associant caméra et intelligence artificielle. La caméra analyse les articles et l’IA peut apprendre à les reconnaître selon leur taille, leur couleur, leur catégorie, etc. Une partie importante du tri peut ainsi être automatisée.
Ces évolutions vont-elles transformer les métiers ?
Oui, je pense que l’IA va modifier les métiers de la blanchisserie à plusieurs niveaux. La gestion de production pourra être davantage automatisée, la maintenance évoluer vers une logique prédictive et certaines tâches de production, notamment dans le tri, pourront être fortement réduites ou automatisées. Mais ce qui m’intéresse surtout, c’est ce que cette évolution peut apporter aux agents. L’IA n’est pas tant là pour supprimer des postes, elle est là avant tout pour supprimer les tâches compliquées, monotones et peu valorisantes.
Comment imaginez-vous votre blanchisserie dans cinq ans ?
J’aimerais une blanchisserie qui ait supprimé en priorité toutes les tâches pénibles et qui apporte davantage de confort aux agents sur leurs postes de travail. L’ergonomie doit rester une priorité, car la principale contrainte en blanchisserie réside dans tous ces gestes répétitifs et parfois difficiles. Ce sont des problématiques sur lesquelles les fournisseurs travaillent déjà beaucoup, et l’IA aura un rôle à jouer. Elle apportera bien sûr une simplification dans la gestion et le pilotage de l’activité, mais elle peut aussi contribuer à transformer le travail lui-même. Pour moi, c’est là que se trouve une grande partie de son intérêt : utiliser la technologie non seulement pour produire plus efficacement, mais aussi rendre les métiers de la blanchisserie plus attractifs et plus intéressants pour ceux qui les exercent.













