À l’heure où de nombreux secteurs industriels peinent à recruter, la filière de la location-entretien textile affiche clairement ses besoins : plus de 1 600 postes sont actuellement à pourvoir, dont près de la moitié en CDI. Le 18 mars prochain, 70 blanchisseries ouvriront leurs portes dans toute la France dans le cadre de l’opération « Visite ma blanchisserie », portée par le GEIST.
Au-delà de la dimension événementielle, cette initiative révèle un enjeu stratégique majeur : celui de l’attractivité et du renouvellement des compétences dans une industrie encore largement méconnue.
Une filière industrielle solide… mais discrète
Avec un chiffre d’affaires cumulé de 2,52 milliards d’euros en 2024 et plus de 24 000 salariés, la location-entretien textile constitue un maillon essentiel de l’économie française. Présentes sur l’ensemble du territoire, les blanchisseries industrielles emploient en moyenne 120 personnes et assurent quotidiennement le traitement de plusieurs tonnes de textiles professionnels destinés à l’industrie, à la santé ou encore à l’hôtellerie-restauration.
Non délocalisable par nature, la filière repose sur un maillage territorial dense et sur des infrastructures industrielles lourdes. Pourtant, elle souffre encore d’un déficit de visibilité auprès du grand public — et plus particulièrement des jeunes actifs.

1 600 postes : un signal plus qu’un chiffre
Les 1 600 postes recensés à l’occasion de cette sixième édition ne constituent pas un simple indicateur conjoncturel. Ils traduisent une tension structurelle sur certains métiers clés :
- opérateurs de production,
- techniciens de maintenance,
- chauffeurs-livreurs.
Autant de fonctions indispensables à la continuité de la chaîne de traitement du linge et à la qualité du service rendu aux clients.
Dans un contexte de transformation industrielle (automatisation accrue, modernisation des outils, exigences environnementales renforcées), ces profils techniques deviennent stratégiques. L’enjeu n’est pas seulement de recruter, mais de recruter durablement.
Attirer les moins de 26 ans : un enjeu générationnel
Le focus mis cette année sur les jeunes de moins de 26 ans n’est pas anodin. Emplois saisonniers, jobs étudiants, alternance : la filière cherche à créer des points d’entrée progressifs vers des parcours professionnels plus structurés.
Cette démarche traduit une prise de conscience : le renouvellement générationnel ne se décrète pas. Il se construit. Et il suppose de mieux faire connaître des métiers souvent perçus comme techniques, exigeants, mais peu visibles. Or, dans les faits, la blanchisserie industrielle combine aujourd’hui logistique, automatisation, maintenance de pointe, gestion de flux et enjeux RSE. Des compétences qui résonnent pourtant avec les attentes contemporaines en matière d’industrie responsable et territoriale.
Au-delà des portes ouvertes : structurer l’image d’un secteur
L’opération « Visite ma blanchisserie » s’inscrit ainsi dans une stratégie plus large de valorisation des métiers. Les sessions de job dating organisées en parallèle des visites témoignent d’une volonté de passer de la découverte à l’action. Car derrière la communication, l’enjeu est clair : sécuriser la continuité opérationnelle des sites industriels, accompagner la modernisation technologique et préserver la compétitivité d’une filière intégrée au cœur de l’économie circulaire.
Dans un marché où la performance repose autant sur l’outil industriel que sur la qualité des équipes, l’attractivité devient un levier stratégique.
Une bataille collective
Reste une question centrale : ces initiatives ponctuelles suffiront-elles à inverser durablement la perception du secteur ?
La bataille de l’attractivité ne se joue pas uniquement lors d’une journée portes ouvertes. Elle se joue dans la durée : qualité de l’intégration, formation, évolution professionnelle, conditions de travail, valorisation des parcours.
La mobilisation de 70 sites constitue un signal fort. Elle traduit une volonté collective d’assumer la visibilité d’un secteur trop longtemps resté discret. Dans un contexte de tensions sur l’emploi industriel, la location-entretien textile ne cherche plus seulement à recruter. Elle cherche à se rendre visible, lisible et désirable. Et c’est peut-être là le véritable enjeu de cette sixième édition.












